Histoire

En suivant l’Oise à Saint-Maximin

Ce texte est le résultat d'un travail effectué par M. Daniel Lesobre qui fut pendant trente ans conseiller municipal et directeur de l'école primaire de Saint Maximin.

La rivière Oise, bordée de nombreuses buttes assurant à la fois sa surveillance et un recours pendant les périodes difficiles (inondations, guerres, invasions), est aussi le chemin naturel de ses invasions. Les Danubiens, les Francs et plus près de nous et a plusieurs reprises, les Allemands se servirent de cet élément naturel descendant vers le sud et aboutissant à Paris.

Ecluse de Creil

L’écluse de Creil est un des lieux important de cette pénétration et de cette vie. Le Bois des Cerfs, la Garenne, les Héronvalles, autant de lieux-dits sur cette rive gauche de l’Oise, qui montrent à quel point la chasse a constitué pendant longtemps une des activités vitales de cette région, autrefois en grande partie boisée des qu’on avait franchi la première partie des pentes de La Versine (le versant écrit de nos jours en un seul mot).

Entre l’écluse et le Pont de Saint Leu, la distance n’est pas bien grande. Pourtant des deux cotés de l’Oise, la vie fût en tout temps très mouvementée et fort chargée d’histoire.

Les Gaulois belges dont une des principales tribus, celle de Bellovaques, installée surtout sur la vallée du Thérain, avait aussi une antenne sur la rive gauche de l’Oise dans notre région, avaient déjà vu toute l’importance du site dans le domaine de la surveillance.

Notre région connut une dizaine de raids au cours des invasions Normandes. La plus connue est celle qui en 860 dévasta Creil et toute sa région. Mais celles qui eurent lieu entre 851 et 890 vers Beauvais, Saint Germer, Noyon et la Vallée de l’Aine avaient, elles aussi emprunté la même voix à plusieurs reprises, non sans laisser quelques traces de ce passage.

Pierre L’Ermite choisit Montataire pour y faire son premier prèche en faveur de la Croisade. Sans doute de nombreux Croisés partirent-ils de notre région où dans les siècles suivants furent construits grands nombres de cathédrales, d’églises, de monastères. Notons que le premier « Château de Laversine » construit plus près de Creil et plus près des bords de l’Oise appartenait à l’Abbaye de Roymont.

Plusieurs châteaux succédèrent au premier. On retrouve les traces de deux d’entres eux plus près de L’Oise et plus près du pont de Laversine que l’actuel construit au XIX siècle et sur lequel nous reviendrons. L’un d’entre eux a peut-être été brûlé au moment de la Jacquerie. En effet, aucune archive sur Saint-Maximin et Laversine n’a été retrouvée avant 1360 alors qu’on en retrouve une deux ans plus tard concernant une vente de vigne pour extraction de la pierre. Cette phase de la Guerre de Cent ans consécutive à la défaite de Jean le Bon à Poitiers et du désir des nobles de faire payer une fois de plus les paysans, fût un des grands événements de toute la région. Sous la Renaissance, le nouveau château de Laversine connut son heure de gloire grâce aux De Souza. Le comte De Souza, héritier d’une riche lignée portugaise était l’un des compagnons de François Premier. Au moment des guerre d’Italie. Sa femme était une Villiers de L’Isle Adam. François Premier vint au moins deux fois à Laversine. On dit même que le château de Laversine aurait été financé par le roi (présence de la Salandre à la porte d’entrée) et qu’au frontispice, il aurait fait inscrire la phrase pleine de sous entendus « tout à la fin Suze ».

Les trois dernières guerres ont par contre laissé pas mal de traces dans la région. Peut avant la guerre de 1870, fût édifié le premier pont de chemin de fer enjambant l’Oise. Ce pont de Laversine fût détruit à plusieurs reprises. Tout d’abord, les troupes françaises, le firent sauter avant l’arrivée des Prussiens. Ceux-ci effectuaient des réparations sur ce pont, lorsque le ballon dans la nacelle duquel se trouvait Gambetta essayait de se poser à proximité du pont. Ses occupants n’eurent que le temps de détacher la guiderope avant de lâcher du lest et d’aller atterrir un peu plus sereinement à Epineuse. (Ballon Armand Barbès – 7 octobre 1870). Après la guerre, Saint-Maximin est l’une des premières communes libérées par les Prussiens. En effet, le Château de Laversine appartenait alors au Baron De Rotschild, Président des chemins de fer du Nord (ainsi que des chemins de fer qui sillonnaient à l’époque le territoire de l’Italie actuel). Il traita directement avec Bismark et paya les 1,5 « petit milliards » nécessaires au départ des armées prussiennes dans 4 départements : Oise, Somme, Seine et Oise, Seine et Marne. Ainsi, Clermont sera libéré le 5 octobre 1871, Creil, Chantilly, Senlis le 6, Compiègne le 7 et le reste des départements français occupés entre mars et septembre 1873.

Au cours de la guerre 14, c’est à deux reprises qu’on vit les allemands dans la région, d’abord en 14, puis en 18 et les ponts de Laversine et Saint-Leu furent à nouveau détruits. La destruction du pont de Saint Leu devait d’ailleurs coûter fort cher à la commune de Saint-Maximin qui pendant près de 30 années fût privée de gaz, celui-ci venant de Précy et passant dans des tuyaux fixés sous le pont.

Ces deux ponts étaient encore des ouvrages de première importance au cours de la dernière guerre. Le pont de Laversine fût détruit à deux reprises. La seconde fois se sont les avions alliés qui le bombardèrent le 20 mars 1944. Au cours de ce bombardement, le pont s’écroula sur une péniche, tuant ses trois occupants. Cette péniche se nommait « ça vous épate ». Tout un programme !

Château de Laversine aérien

Nous avons déjà passé le lieu où se mirait dans la rivière le château de Laversine appartenant à l’Abbaye de Royaumont. La pente descendant du nouveau château construit pour Rothschild au siècle dernier, laisse entrevoir un endroit où se faisait le schlittage de la pierre et du bois qu’on devait embarquer au port. Ici, sur le bord du chemin de Laversine se dressait depuis un siècle et jusqu'à la dernière guerre où elle fut victime des bombardements, la laverie industrielle appartenant au baron de Rothschild dans laquelle travaillaient vingt à trente personnes aussi bien pour les besoins du château que pour ceux de l’hôpital Rothschild à Paris. Mais la petite histoire retiendra le fait que le baron de Rothschild l’aurait fait construire avec une haute cheminée, en cet endroit afin d’envoyer les fumées vers le château de Montataire, jadis convoité par ledit baron mais vendu à un autre par les descendants de Condé.

Le pont de Laversine construit en 1845, inauguré en janvier 1846, restauré ou refais au cours où après chaque conflit, marque, avec la Colline aux Oiseaux, une frontière fictive mais longtemps présente entre le domaine de Laversine et celui du Comte puis des orfèvres Ercuis. Le sentier dit chemin de Trossy, est à peu près à l’endroit qui servait de limite entre les domaines du château et ceux de la partie principale de l’ancienne commune de Saint-Maximin qu’était Trossy.

Pont de Saint Leu et péniche

Entre les deux ponts actuels, la vie près de la rivière fût, pendant plusieurs siècles, et jusqu’au siècle dernier, bien plus active qu’elle ne l’est aujourd’hui. Si le chemin de halage était du côté de Saint-Leu, on trouvait en rive gauche de nombreux ports à pierre où aboutissaient des chemins venant des carrières. La traction animale (boeuf et chevaux) fût en partie remplacée par les petits chemins de fer Decauville. Il semble d’ailleurs que chaque grande exploitation ait eu son propre port. Le port à DAUBIN, le port Sainte Barbe ou port de Trossy, le port de Saint Leu connurent leur heure de gloire surtout avant l’arrivé du chemin de fer. Le coup de grâce fût sans doute porté par l’ouverture d’une ligne parallèle à l’Oise après la destruction, des deux ponts en 1914. Disparurent alors le lavoir qu’on avait installé à grands frais au XIX siècle, les « plages » ou les bêtes venaient boire et celles qui étaient chaque année égayées par les joutes nautique. On notait aussi la présence tout au long de l’Oise d’emplacements pour pécheurs parfois même avec un point d’ancrage pour arrimer les barques.

Au cours de la dernière guerre, entre 1943 et 1944, les bords de l’Oise côté Saint-Maximin devinrent une ligne de défense aérienne pour les allemands qui y installèrent de nombreux obusiers antiaériens à quatre bouches chargés de la protection rapprochée de la carrière Faivre située en face sur le territoire de Saint Leu et utilisée pour le montage des V1. Au-delà du « belvédère » au pied duquel passaient des camions venant de Saint Leu par le bac pour se mettre à l’abri dans la partie couverte de la carrière Ouachée, se trouvait également un énorme canon antiaérien, tandis que les carrières souterraines de Trossy abritaient troupes et matériel d’intendance.

Pont de Saint Leu

Avant de quitter Saint-Maximin au pont de Saint Leu, notons la présence en cet endroit d’une petite communauté Saint-Maximinoise due à l’ancienne utilisation d’un bac traversant la rivière, d’un octroi et aussi pendant très longtemps d’un péage car même au début de ce siècle le pont, propriété privée ne pouvait être emprunté que contre redevance. Notons que cet endroit n’est pas à l’abri des inondations même s’il est moins touché que les maisons situées sur l’autre rive et celles qui sont en aval sur le même côté de l’Oise